Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
le blog poilagratter

Campagne « Oise » (13bis) : épilogue (2)

18 Août 2009 , Rédigé par momo Publié dans #Histoire

 

Campagne « Oise » (13bis) : épilogue (2).

 

Voir les précédents articles sur cette campagne : http://poilagratter.over-blog.net/article-28550424.html

http://poilagratter.over-blog.net/article-29664452.html

http://poilagratter.over-blog.net/article-29664641.html

http://poilagratter.over-blog.net/article-30153437.html

http://poilagratter.over-blog.net/categorie-1261663.html

http://poilagratter.over-blog.net/article-30684636.html

http://poilagratter.over-blog.net/article-30743974.html

http://poilagratter.over-blog.net/article-30826094.html

http://poilagratter.over-blog.net/article-31164223.html

http://poilagratter.over-blog.net/article-31375717.html

http://poilagratter.over-blog.net/article-31576949.html

http://poilagratter.over-blog.net/article-32914721.html

 

Dernier et ultime article de cette campagne « Oise » sur le projet désormais enterré par Sarkosy de suppression des départements.

Enterré du fait de l’incroyable connerie qui est la vôtre.

Heureusement, il y eu, contrairement au 5ème ESE, quelques rares participations de votre part.

 

Exemple : cet article reçu d’un de nos lecteurs :

 

 

 

DES PROVINCES AUX REGIONS

 

 

 

Concernant la question des découpages administratifs, les anciennes provinces étaient, de par leur mode de création, à la fois éminemment peu rationnelles, et pourtant très parlantes.

 

Leur base territoriales de départ, les nations gauloises pluriséculaires à la centralisation peu marquée, mais à l’identité culturelle forte, furent d’abord relativement ménagées lors de la conquête romaine[1].

 

Toutefois, les grandes invasions[2] n’amenèrent guère de bouleversement à celles-ci, malgré les conquêtes territoriales faites par divers conquérants, au gré de leur besoin d’espace.

 

 C’est surtout, du fait de l’émiettement du pouvoir royal barbare, notamment après la relative renaissance carolingienne du IXe siècle que les pays (pagi) gaulois cédèrent leur place aux innombrables fiefs de l’époque médiévale, qui se construisirent dans l’anarchie la plus totale.

 

Les vassaux les plus puissants se rendirent progressivement indépendants, annexant au passage leurs voisins moins puissants. Au gré de guerres locales, puis d’union matrimoniales (à partir du XIIe siècle, cette voie va être progressivement privilégiée), des empires fragiles vont se construirent sur le futur sol français.

 

 

Cependant, ce qui intéressait ces grands suzerains, ce n’était pas de créer de belles provinces, uniformes, pour bien administrer leur terre, ce qui les intéressait, c’était de se faire un max de blé, certains pour devenir encore plus puissant, certains simplement pour se faire un max de blé.

 

Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai. Les plus visionnaires d’entre eux firent bien le rapprochement entre territoire bien administré et richesse et donc puissance de l’autre, via la rentrée des impôts.

 

 

Prenons le cas le plus achevé, le duché de Normandie. Qu’est-ce qu’un duché ? C’est un commandement militaire élargi, le dux (c'est-à-dire le chef) n’ayant comme seul chef le roi. Malgré leur bonne volonté (d’ailleurs un peu envahissante pour le pouvoir royal), les ducs de Neustrie, vaste commandement militaire s’étendant de la Loire à la Seine, et créé au milieu du IXe siècle pour tenter d’enrayer les raids vikings, ne purent empêcher ceux-ci de s’établir à demeure à l’embouchure de la Seine.

 

La situation s’étant dégradé un demi siècle plus tard, le roi Charles III le simple, considérant que ses ducs étaient, en définitive, plus gênants que les barbares, décida de traiter avec le chef de ces derniers, Rollon. Par le traité de St Clair sur l’Epte, il fut nommé comte[3] de Rouen, à charge pour lui de contenir les futurs envahisseurs[4], autant dire ses congénères.

 

Et les ducs de Neustrie ? Passagèrement affaiblis par une succession malchanceuse, ils reprirent la lutte… Contre leur souverain. Accédant définitivement au trône par un certain Hugues Capet en 987.

 

Profitant de cette lutte, de leur côté, les comtes de Rouen avaient alors agrandi leur territoire à la Normandie actuelle (moins le Perche, appartenant au Maine, et donc aux comtes d’Anjou), et Richard Ier sans peur fut le premier comte de Rouen à prendre le titre de duc de Normandie.

 

Ces ducs eurent la particularité de faire de leur Etat un modèle de féodalité centralisée, autrement dit qui fonctionne : le vassal étant bien tenu par son suzerain. Un système fiscal très rigoureux (l’échiquier, que je ne saurai expliquer en détail) y contribua. Très rapidement, ainsi, une identité normande se constitua.

 

Cependant, la lignée normande finit en quenouille[5] : le duc Henri Ier, par ailleurs roi d’Angleterre, n’eut qu’une fille, que l’on maria au comte d’Anjou[6], ce qui donna naissance à ce que l’on appelle l’empire anglo-angevin.

 

Geoffroi, puisque c’est ainsi qu’il s’appelait, tenta de prendre exemple sur l’organisation normande pour consolider ses Etats, mais, pas plus que ses successeurs, ne parvint à imposer le modèle normand dans ses autres possessions. En résulta que toutes les provinces se singularisèrent : Normandie, Bretagne, Anjou, Touraine, Maine, Comté de Blois, Aquitaine[7]

 

L’impéritie du  roi d’Angleterre Jean, qui fut pour cela surnommé Jean sans terre[8], fit que la très grande majorité de ses vassaux se détournèrent de lui, pour faire allégeance au roi de France Philippe-Auguste.

 

Et c’est ainsi qu’en 1205, l’empire fut démantelé au profit du royaume de France, par l’action ingénieuse de son souverain. Pour autant, ce dernier dut composer avec les seigneurs dont l’alliance lui était nécessaire pour ce but, ce qui développa les particularismes locaux. Des fiefs, des chartes furent octroyés, faisant du royaume un puzzle, qu’il était du reste déjà depuis la féodalisation de la fin du haut moyen âge…

 

 

Malgré les efforts des souverains à partir de la Renaissance, et la fin du dernier empire dans le royaume[9], à la fin de l’ancien régime, la plupart des provinces étaient devenues un enchevêtrement de frontières, les administratives ne correspondant que peu aux fiscales, qui elles-mêmes ne tenaient pas compte des barrières linguistiques, qui pouvaient réunir des systèmes judiciaires très différents… En s’interdisant de toucher à l’existant le plus souvent (du fait des résistances des notabilités locales, elles-mêmes appuyées sur les habitudes populaires (tiens, cela nous rappelle quelque chose d’assez actuel !), ne serait-ce que parce que les moyens techniques dont disposait la monarchie étaient tout justes balbutiant lorsqu’elle fut renversée, la monarchie avait institutionnalisé le bordel.

 

Le problème qui en résultait, et auquel furent confrontés les constituants en 1789, c’est que les provinces, si elles possédaient une véritable identité et une unité relative, étaient fort hétérogènes, non seulement dans leur particularisme (ça, c’était le plus facile à amender), mais surtout dans leur superficie. Comment comparer le Languedoc (environ 7 départements actuels) et le Perche (un tiers du département de l’Orne) ?

 

S’opposaient donc 2 logiques : la logique historico-culturelle, et la logique géo-comptable. Pour les révolutionnaires, a priori, il ne faisait nul doute que la seconde devait l’emporter, ne serait-ce que pour effacer toute trace du passé, si embarrassant, car c’était peut-être là le but ultime de la Révolution. Au demeurant, une proposition Tourret vit le jour, qui se proposait de faire des départements des carrés, à la future manière états-unienne.

 

Cependant, cette motion fut rejetée au profit d’une autre, plus respectueuse des anciennes provinces, qui se contenta d’assembler les provinces manifestement trop petites[10], et découpant les grandes en plusieurs départements[11], sur la base se voulant rationnelle « nul endroit à plus d’un journée aller et retour de cheval ». Et faisant un sort aux multiples enclaves qui parsemaient le Royaume.

 

 

Depuis près de 220 ans qu’ils existent, les départements ont su acquérir (à tort ou à raison) une légitimité auprès de la majeure partie de la population. Ainsi, dans un département aussi hétérogène (le plus hétérogène d’ailleurs !) comme l’Yonne, je suis persuadé que si l’on demande aux autochtones s’ils se sentent bourguignon, une très écrasante majorité répondra « oui », alors même que pas plus de 25% du territoire de ce département relevait de l’ancienne Bourgogne (et près de 50% de la Champagne)…

 

A l’inverse, les régions, trop récentes, n’ont pas encore cette faveur, d’autant qu’elles sont beaucoup plus artificielles, le législateur ayant fait nettement primé la volonté de rationalité sur celle d’historicité, voulant ainsi à toute force respecter le principe de non chevauchement, ainsi que celui selon lequel elle soit de taille à peu près similaire. Avec un succès fort mitigé, car entre Midi-Pyrénées et Limousin, y’a pas photo ! Sans parler de l’Ile de France, où la concentration de population impose une toute petite région en superficie afin de compenser, très mal, un entassement abrutissant.

 

Interrogations :

Combien d’Icauniens se sentent Champenois ? Peu…

Combien de Soissonnais se sentent Franciliens ? Sans doute encore moins…

Combien de Percherons ne se sentent pas Normands ? Beaucoup, en tout cas, bien peu se sentent du Maine, non ?

Combien de Chartrains se sentent Orléanais ?

Combien de Belfortins se sentent Alsaciens ?

 

Enfin, je pourrais multiplier les exemples…

 

Et c’est ainsi qu’à peu près l’ensemble des Oisifs (ou Oiseux, je ne sais pas comment on dit) se sentent Picards, alors même que les 4/5e de ce département était franciliens du temps de nos provinces d’ancien régime (tout au moins sur sa fin, au XVIIIème siècle)…

 



[1] Elles furent même institutionnalisées par le pouvoir de l’occupant.

[2] Les « Barbares » étaient très peu nombreux comparés à la population gallo-romaine autochtone.

[3] Comitis en latin, c'est-à-dire compagnon, sorte de préfet de l’époque, qui, comme les ducs, finiront par n’en faire qu’à leur tête…

[4] Et de se convertir au christianisme, faut pas déconner, quand même !

[5] Tomber en quenouille n’est pas qu’une expression populaire, c’est d’abord un terme technique médiéval qui signifie qu’une maison noble n’a pas d’héritier mâle, et que de ce fait, le mariage de la fille (et qui dit fille dit quenouille, comme dans la Belle aux bois dormant) conduit le fief à une autre maison.

[6] Geoffroi V le bel, surnommé aussi Plantagenêt, car il avait la manie de porter à son casque un genêt…

[7] La plupart de ces provinces sont elles aussi tombées en quenouille, ainsi le mariage d’Aliénor d’Aquitaine au duc et roi Henri II, fils de Geoffroi, a apporté à ce seigneur tout le sud-ouest de le France.

[8] C’est le fameux « Prince John », qui, pendant la captivité de son frère Richard, se bat avec Robin des bois. Cela se passe après son accession régulière au trône, Richard étant mort d’une flèche malheureuse au siège de Châlus, en Limousin, en 1199.

[9] Le dernier des Etats féodaux à tomber fut celui de la maison de Bourbon, en 1523.

[10] Le Perche fut ainsi rattaché à l’Orne, département normand, l’Aunis et la Saintonge formèrent le département de Charente-inférieure, des provinces à fort particularisme parce que montagneuses, et récemment intégrées au royaume, la Bresse, les Dombes, le pays de Gex, le Bugey, constituèrent le département de l’Ain, l’essentiel de la côte picarde, jusqu’à Boulogne-sur-mer, revint au Pas-de –Calais (avec l’Artois)…

[11] La Bretagne fut découpée en 5 départements : Finistère, Morbihan, Côtes du Nord, Ille et Villaine, Loire inférieure, le Languedoc donna naissance à l’Aude, à l’Hérault, au Gard, à la Lozère, mais aussi au Tarn, à 2/3 de la Haute-Loire, 1/3 de la Haute-Garonne, j’en oublie…

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article